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Voyager dans la montagne et les mots. Impressions (5e édition d'Ecrire la Nature, 17-20 septembre), par Françoise Besson

TISSAGE

Pauline Quierzy était l’une des autrices invitées à la 5e édition du festival « Écrire la nature » pour son beau récit de voyage Il était une fois l’ouest sauvage (Transboréal, 2026), qui obtiendra le lendemain le Prix Ecrire la Nature/Université de Pau et des Pays de l'Adour (UPPA) dans la catégorie Essai/Récit de voyage. Pyrénéenne qui poursuit le tissage des liens entre Pyrénées et Amérique par la marche et le sens de la nature et de l’autre, le sens du vivant, elle cite Tolstoï dans un beau message envoyé à l’équipe d’« Écrire la nature » :

« Pour être heureux, il ne faut qu'une chose : aimer, aimer avec renoncement, aimer tout et tous, tendre de tous côtés la toile d'araignée de l'amour, et prendre quiconque y tombe. » (Les Cosaques, 1863).
 
Et Pauline poursuit :

« Je suis contente d’être tombée dans la toile d’Écrire la Nature, écrin de soie et de littérature, maillage de personnalités aussi attachantes les unes que les autres. N’oublions pas que la toile d’araignée est un des matériaux les plus solides au monde, je souhaite au Festival cette formidable robustesse ! » Pauline Quierzy. 22 septembre 2026

Laruns depuis Béost, Vallée d'Ossau (64), copyright Ecrire la Nature 2026

Ce festival merveilleux qui tisse tant de liens est né d’une idée un peu folle dans la tête d’un anthropologue amoureux de la montagne et de la littérature, de la nature et de ceux et celles qui la racontent, de la Vallée d’Ossau de ses origines familiales, dispersées dans les grandes villes alentours, et d’un livre, Un été dans la Sierra de John Muir, lu précisément lors d’une balade pyrénéenne, à la lisière entre Vallées d'Ossau et d'Aspe. Alors il a décidé de faire de son rêve une réalité à partager avec tous ceux et toutes celles qui comme lui aimaient se ressourcer dans la nature et en particulier la montagne et rêver dans les pas des écrivains et en particulier des écrivains marcheurs et voyageurs.

Chacune des éditions du festival « Écrire la nature », fondé en 2022, et qui proposait en 2026 sa 5ème édition, a été un moment magique de communion avec la montagne et les mots, une suite de moments de partage. Le gave, les sentiers de la vallée d’Ossau, le regard d’un berger botaniste né au XVIIIe siècle (Pierrine Gaston Sacaze, dont l'association éponyme sise à Béost et partenaire d'Ecrire la Nature fait vivre la mémoire et les travaux...) et de tant d’auteurs et d’anonymes qui parcourent ces chemins, sont la musique de fond d’une création originale, solide comme la pierre d’Osssau et fluide comme ses torrents.

Ce n’est pas seulement un festival que Cédric Baylocq Sassoubre a fondé, rejoint progressivement par une dizaine d'utopistes ; c’est une famille unie par la nature et la poésie, par la marche et le voyage, par la peinture d’une plante rencontrée au bord d’un chemin et la musique d’une chanson béarnaise ou d’une danse d’Ossau jouée sur un instrument de la vallée par un artiste qui fait entendre sans relâche la musique de sa vallée (Jean-Luc Mongaugé).

MUSIQUES

Des montagnes et des mots ; cette cinquième édition avait pour thème « AscensionS ». Un milan royal passe dans le ciel bleu quand des poètes et montagnards racontent leur montagne ; un tapis rose de cyclamens sauvages éclaire l’ombre d’un pin derrière le château de Béost ; haikus et aquarelles colorent le vent ; plantes et pensées se tissent : une libellule bleue et un papillon orange et noir racontent une rivière sur une bougie dont la cire vous fait sentir le miel des abeilles voisines ; images qui se répondent et se répandent tout au long de ces journées, de la Vallée des gaves à la Vallée d'Ossau, en passant par l'écolieu du Laring à Monein, nouveau partenaire, et les caves de Jurançon à Gan, un des tout premier à suivre cette aventure, avec la mairie de Laruns.

Parler de l’ours avec une bergère au discours puissant devant le porche de l’église pyrénéenne ouvre des chemins : « Une charte a été signée en 1993 par les bergers des Pyrénées qui s’engageaient à protéger les derniers ours qui restaient », me dit Madé Maylin. Cadeau d’une rencontre. Silence assourdissant sur ce fait dans les médias de l’époque...

Musiques du monde : dans l’église de Béost où la Vierge à l’Enfant nous regarde, celle de marbre du XVème et celle de bois doré du XVIIIème, deux petites filles arpentent la pierre. La poésie arpente le monde. Poèmes dans la lumière ; monde inversé qui nous fait voir le monde au sens retrouvé ; bergère écrivaine et écrivain berger. Des brebis font entendre leurs clarines dans la prairie en bas et dans la rue là-haut. Monde de la montagne, écho d’un poète kiowa dans la prairie de Gavarnie quand un aigle libre passait au moment où N. Scott Momaday lisait dans son roman le regard de l’aigle prisonnier ; et des brebis faisaient entendre leurs clarines se mêlant à la voix du poète. Le poète kiowa danse aujourd’hui dans les étoiles et les brebis font entendre leurs clarines dans les prairies de la vallée d’Ossau.

Des affiches racontent une aventure et des gestes… gestes de tous ceux qui de village en village et de lieu en lieu font marcher le festival comme les montagnards qu’ils sont. Famille du monde réunie par la montagne et par les mots…Une voix quechua résonne dans la petite église d’Ossau au pied de la montagne. « Un pont symbolique est lancé entre Machu Pichu et Pic du Midi d’Ossau », qui observe cet scène dépaysante à travers la porte de l'église, dit Cédric Baylocq Sassoubre.

Extrait du récit "Trasnpoetica" de Léo -Tupacamarù - Zelada accompagné d'Arsinoë Duponchel (musique, traduction), Eglise de Béost, samedi 19 septembre 2026

Puissante et discrète derrière son nuage joyeux, la montagne ossaloise veille.

Béarnais... grec... quechua... espagnol... français... anglais... breton... Le monde chante sa poésie dans la petite église de Béost en une multitude de langues d’ici et d’ailleurs. Les langues se répondent. Et dans la convivialité de la délicieuse cuisine pyrénéenne, le grand félibre et auteur Simin Palay s’invite dans les mots de son arrière-petit-fils qui fait vivre sa mémoire si palpable dans ses multiples livres et dans la voix de celui qui en parle avec son cœur.

Il y a toujours un papillon qui vient nous parler, une abeille éclaireuse, un bourdon indécis qui essaie toutes les fleurs d’un romarin heureux dans l’écolieu conteur où l’observe un auteur de romans policiers qui défendent la nature ; solidaire solitaire, le bourdon de Monein. Des lieux et des histoires ; des images et des chants. La musique de la montagne et de ceux et celles qui l’habitent.

Un ciel étoilé à Pau m’a fait revivre ces journées magiques au cœur de la montagne, des livres et des musiques de la rivière et du monde. C’est la 5ème édition de ce festival qui ne ressemble à aucun autre et chaque fois, il me surprend et m’éblouit. Écrire la nature au rythme des voyages à l’autre bout du monde, sur le sentier de la montagne au bout du village ou dans un jardin.

VOYAGES

On est sur les chemins de Saint Jacques. Voyage qui nous emporte ; voyage qui nous porte ; on marche dans les pas des poètes ; on marche dans les pas des artistes ; on marche dans les pas des bergers et des bergères ; on marche dans les pas des brebis ; on marche dans les pas des ours ; on marche dans les pas du monde sauvage ; on marche dans les pas du monde pastoral ; on vole sur les ailes d’un oiseau.

Les voyages ont commencé avant le festival par la lecture des livres dans lesquels les auteurs nous amenaient dans leurs pas (Passion Pyrénées de Gérard Raynaud… deux mots qui réunissent) pour nous faire prendre conscience du monde et de nous-mêmes, de notre relation à l’autre, qu’il soit compagnon de cordée, inconnu croisé sur le chemin, fleur qui vous regarde, brebis sur qui son berger ou sa bergère veille ou ourse qui arpente la montagne avec ses petits qu’elle essaie de protéger comme toutes les mères du monde de toutes les espèces du monde. Parler à l’autre même sans rien dire. Julien Starck cite Fred Deux et son autobiographie sonore Les bandes magiques : « il lui faudrait — simple, simple ! » — parler à son prochain  ‘‘comme un chien qui regarde un autre chien’’ » (Le commencement cassette 056 plage 02) (Julien Starck, Naviguer sur la terre, le Cadran ligné, 2026, 21). Communication par le regard, histoire sans paroles pour traduire une communion. Peut-être que la vallée d’Ossau et le festival « Écrire la nature » ont réussi à donner aux humains que nous sommes et qui ont tant de mal à communiquer sur cette planète le don des bêtes tels que Godard cité par Julien Starck le voit : « Les bêtes ne communiquent pas, elles communient » (Godard in Starck 21). Rencontres où la communication sur l’ascension en montagne se change en communion avec la montagne. Qui crée la communion entre les êtres.

On pourrait dire que le festival lui-même commençait avant de commencer dans une succession de voyages un peu chaotiques. Plusieurs auteurs et bénévoles venus en train expérimentaient les imprévus ferroviaires dus à des faits divers (incendies ou câbles volontairement coupés) qui détournaient ou prolongeaient les voyages. Ceux qui étaient arrivés dans les temps pouvaient profiter de la première journée du festival à Oloron-Sainte-Marie. Les autres voyageaient toujours et se téléportaient au festival en imagination à partir d’une gare ou d’un train en lisant les livres des auteurs avec qui ils auraient dû communiquer. Entretien réel à Oloron d’un côté et entretien imaginaire entre une gare et un train de l’autre. Entretien immobile et entretien voyageur.

Ayant manqué la journée à Oloron, c‘est sur la route de Monein où me conduit l’un des auteurs montagnards (Gérard Raynaud qui aura le Prix spécial du jury pour son ouvrage racontant ses courses pyrénéennes : Passion Pyrénées , Vox Scriba, 2026), puis à Monein et à l’Écolieu du Laring, que cette cinquième édition du festival se découvre à moi. Lieu magique de communion avec la nature et d’ « écologie sensible », comme le dit notre hôtesse. Une ancienne bâtisse du XVIIIe siècle, qui fût une école communale, au cœur du piémont béarnais et des côteaux du Jurançon transformée en gîte et lieu lumineux pour des festivals ou d’autres événements. Une école d’été aussi. Le président d’  « Écrire la nature », Cédric Baylocq Sassoubre, y a participé lors d’un stage de cinq jours sans électricité et sans le confort habituel, en présentant quelques grands auteurs et autrices, et en les lisant collectivement avec des participants de tous âges, dans la forêt, au bord d'un ruisseau. Il leur parlait de nature writing, des arbres qui les entouraient et de Thoreau, John Muir ou encore Rachel Carson. Sur le mur de bois de l'ancienne école où nous attendait un somptueux buffet concocté par l’équipe de l’Écolieu, avec des produits locaux (dont des légumes cultivés dans leur jardin selon des méthodes d’agroécologie), on peut lire des textes écrits par les élèves dans ce cours dans la nature (écho au Semester in the Wild dans les montagnes de l’Idaho, de Scott Slovic, premier invité du festival en 2022 avec Kathleen Dean Moore et Nick Neely). Les montagnes du monde se répondent comme une grande salle de cours à la Prévert.

Jean-Luc Mongaugé à l'Ecolieu du Laring (Monein), le 17 septembre 2026

Le voyage se poursuit dans les chansons de Jean-Luc Mongaugé qui nous entraîne du Béarn à l’Espagne et à l’Afrique venue en Béarn à travers un battik rapporté du Sénégal et dont l’image s’anime dans la rêverie de l’artiste qui regarde sur l’image la femme qui marche en portant sa jarre d’eau. Proche de lui et en mouvement. L’image n’est pas une image. Elle devient la réalité d’un rêve. Elle est un voyage intérieur. Suit une danse ossaloise avec un tambourin à cordes, instrument de la vallée d’Ossau. Une petite fille de deux ans danse et danse.

Nous restons dans le monde hispanophone (Andalousie) avec le film de Michel Dieuzaide qui fait suite au concert : Le chemin du Rocio, réalisé en Espagne 35 ans plus tôt. Un article du Monde en avait parlé en 1991 : « Chaque année, à Pentecôte, un million et demi de pèlerins venus à pied, à cheval, en voiture, en tracteur, en calèche, en quatre-quatre, en jardinière, à vélo, en camion, de toute l'Andalousie, de toutes les Espagnes — le touriste n'a pas encore été vraiment sollicité — traversent le paysage le plus mystérieux qui soit, la Marisma, terre de marais et de taureaux, pour voir sortir la Vierge du Rocio. La Vierge de la rosée. La foule de ceux qui n'y seront pas les acclame, en larmes ou en chansons » (« Le chemin du Rocio. Les pèlerins de l’impossible ») 1. Pèlerinage qui me raconte au fond de moi mon Espagne des montagnes d’Aran, si différente et pourtant… En écoutant Michel Dieuzaide, je pense à un pèlerinage fait dans le Val d’Aran où on sortait exceptionnellement Notre Dame de Mitg Aran pour l’inauguration de la nouvelle église. L’ancienne chapelle de Mitg Aran à ses côtés raconte discrètement l’histoire et la spiritualité : la chapelle et la descente de croix monumentale qui s’y trouvaient ont sauté pendant la guerre fratricide de 1936. Seul a été sauvé le buste du Christ de Mitg Aran, si troublant dans sa souffrance et maintenant dans l’église de Viella. Je pense à ce pèlerinage derrière Notre Dame de Mitg Aran. Il y avait ma mère. Il y avait mon cousin. Il y avait des centaines de gens de la vallée. Moment de communion populaire. Nos Espagnes…

Tout le monde s’endort dans la ferme à la charpente œuvre d’art. Dormir dans un écolieu avec des écrivains qui racontent la nature et la relation au monde est quelque chose de rare. Un moment de grâce comme il y en a eu tant.

La montagne se réveille avant nous ; nous nous réveillons dans la montagne. Un coq élégant fait entendre sa voix en suivant quelques poules indifférentes. Marcher dans la montagne même seulement quelques minutes, ressource. Notre hôte nous parle de ce lieu et de ses travaux de restauration pour en faire ce gîte accueillant. Le ruisseau le Laring (écrit aussi Larincq sur un panneau de signalisation) est sec depuis dix jours. La canicule frappe partout. Le lendemain à Béost, nous verrons dans la verte montagne de grandes taches rousses de végétation grillée par le soleil de cet été caniculaire.

Notre route commune continuait vers Gan, portes viticoles vers la Vallée d'Ossau. Voyager avec un auteur de romans policiers verts (Thierry Colombié, qui aura le lendemain le prix littérature jeunesse pour sa série Polar vert dont le nouvel opus se passe dans les Pyrénées sur fond de débats autour de l’ours) qui vous donne des conseils techniques sur la manière d’écrire des romans policiers, est un cadeau (Le prix spécial du jury littérature jeunesse a été attribué à Xavier Saüt pour Les endémiques, Autoédition, 2019)2. Dans la cave de Gan où une mosaïque romaine trouvée sur les lieux côtoie des instruments viticoles anciens, c’est la période des vendanges. On peut ainsi assister au retour d’un tracteur chargé de cuves remplies de raisin qui sont placées sur une grille en mouvement pour aller se déverser dans une autre cuve. Intéressant voyage du raisin qui va devenir ce vin de Jurançon que l’on apprécie tant et dont on nous offre une dégustation après la visite. Entre temps, les mots chantent dans la lumière bleue et orange de la cave où sont conservées des milliers de bouteilles. Julien Starck lit dans cette pénombre lumineuse plusieurs beaux textes qu’il a édités. Puis Léo Zelada, poète péruvien, dit un de ses poèmes que traduit Arsinoé Duponchel, artiste musicienne. Voyage au pays des Incas (Léo Zelada est quechua et descendant de la lignée inca) dans la lumière de la cave pyrénéenne.

Thierry Colombié à la médiathèque de Laruns le 18 septembre 2026, interrogé par Marie Guicheteau (professeure de Lettres à Oloron et docteure en géographie de l'Université de Pau), en compagnie de Stéphanie Abadie

Le chemin se prolonge avec notre auteur de polars verts Thierry Colombié qui nous conduit à Laruns. La route depuis Monein jusqu’à Gan d’abord, et de Gan à Laruns ensuite, est sublime : les vignobles et les montagnes et au fond, qui nous attend, l’Ossau qui se profile brièvement au bout de la route. Faire la route entre Oloron et Monein la veille avec un ami montagnard et y retrouver la montagne qui me manquait tant est un chemin guérisseur. Faire le voyage avec un romancier, un poète quechua et une artiste musicienne et traductrice, est magique. Nous parlons de langues et tous s’intéressent aux langues parlées dans les Pyrénées, à la langue d’oc au sud et à la langue d’oil au nord de la Loire. Voyage dans le voyage.

À Laruns, après le pot de bienvenue offert par le maire et son beau discours, et le discours du Président d’ « Écrire la nature » qui achève sa cinquième année de présidence et reste le président fondateur de l’association et du festival, les tables rondes nous font voyager de la Grèce à l’Espagne, puis aux Pyrénées. Les genres se mêlent (récits de voyages, romans policiers et roman poétique avec Sylvain Guyot, Michel Dieuzaide, Christiane Rancé puis Stéphanie Abadie et Thierry Colombié). Les auteurs racontent des voyages et des impressions et ouvrent aussi des voies pédagogiques nouvelles. La littérature peut tout. Les dictateurs l’ont bien compris, qui brûlent les livres et assassinent les poètes. Mais ils ne peuvent pas réduire au silence leur voix qui sera toujours entendue…

LIEUX

Et puis Aste-Béon et l’accueil chaleureux de Christine Oscaby et Christine Bessi, l’une des chevilles ouvrières de cette édition du festival, dans la belle maison pyrénéenne qui fut celle d’un instituteur. La maison raconte tant de choses. Ouvrir l’œil et voir la montagne… J’emporterai ce moment et le paysage à la fenêtre pour le reste de l’année. Amitiés festivalesques. Lien de la montagne et de l’amour des livres. Christine a tant fait pour cette édition et elle m’offre ce magnifique cadeau de son hospitalité.

Béost nous accueille chaque année avec Anne Bazin et la belle association d’éducation populaire Los Auzelets créée en 1949. Béost : lieu d’histoire et de nature où chaque plante semble raconter le regard de Pierrine Gaston-Sacaze, le berger botaniste qui était consulté jusqu’aux Muséums de Paris et de Londres. C’est dans des récits de voyages anglais que je l’ai rencontré pour la première fois. Il me fascine comme il fascinait tous ceux qui le croisaient. Après la rencontre dans les livres, j’ai eu l’impression de le rencontrer vraiment quand, lors de la première édition du festival, j’ai marché de Béost à Laruns en regardant longuement la stèle qui lui rend hommage et en me disant que peut-être il avait marché sur ce chemin. Il a été comme un fil rouge de cette édition. D’une première matinée consacrée aux plantes et à la botanique à Oloron jusqu’à l’Écolieu, où Cédric m’a fait la belle surprise de m’offrir plusieurs livres écrits et publiés par l’association Pierrine Gaston-Sacaze, et à l’église de Béost où sa présidente Lydie Baylocq s’arrête pour me glisser des mots qui me touchent, Pierrine Gaston-Sacaze est là. Il est là dans toutes les plantes de la vallée et de la montagne dont il a observé et identifié les ancêtres.

Bernard Lassalle (au milieu), Florian Forestier (gauche) et Julien Stark (droite) - Château de Béost, le 19 septembre 2026, pour conter leurs ascensions...

Dans le jardin du château, le premier salon du livre nature jeunesse (merveilleuse idée et réalisation d’Hugo Lebrun) présente les éditions Gypaète, les livres des auteurs et autrices présents, des livres et des cartes peintes de la dessinatrice de la nature Alice Fauconnier. Échange heureux qui se prolonge par un « appel de la montagne » cadeau….
Et puis un autre voyage dans les montagnes à travers les trois auteurs montagnards Florian Forestier (qui recevra un peu plus tard le Prix fiction « Écrire la nature/Revue Pyrénées" pour son roman puissant Un si beau bleu, Belfond, 2024. Stéphanie Abadie aura le Prix spécial du jury pour son beau roman L’enfant du karst, Gypaète, 2025, où humain et rocher s’imbriquent et où se tissent poésie et philosophie à travers des destins de femmes), Julien Starck, pour Naviguer sur la terre, Le Cadran ligné, 2026, et Bernard Lassalle pour ses photos. Veillant sur cette belle cordée, celui qui raconte si bien les océans et les explorateurs Stéphane Dugast et celle qui connaît si bien les livres et les mots et qui se multiplie dans ce festival, Monique Calinon. Les clarines et le vol d’un rapace au-dessus de nous me renvoient à Gavarnie un jour d’automne, dix-neuf ans plus tôt, où un poète kiowa lisait une page de son roman, quand un rapace a volé au-dessus de lui comme envolé de sa page, et que les clarines des brebis rythmaient sa lecture comme en cette matinée. Dans le roman de Florian Forestier et tandis que nous l’écoutons sous « un si beau bleu », le paysage renvoie à ses mots et ses mots racontent la relation profonde avec le corps et l’esprit : « Une grande fenêtre s’ouvre sur un soleil en moi, le paysage se verse à nouveau dans mes yeux » (62). On entend la voix d’un auteur dont l’écriture est faite d’ombres et de lumière. De beaucoup de lumière.. Dans ce jardin au creux de la montagne, lui aussi entre ombre et lumière. Avec beaucoup de lumière. Celle de ces trois voix qui parlent de la montagne et la ressentent. L’un qui cherche à se lover dans la montagne qu’il voit au loin ; l’autre qui l’apprivoise ou s’apprivoise en elle ; et au milieu, un photographe des gestes qui unissent le corps et le rocher. L'arpentage montagnard se poursuivait au restaurant « Chez Trey » grâce à l’exposition de photos de montagne de Bernard Lassalle.

Puis l’église : arpentage poétique où les poèmes de Monique Larrouture-Poueyto écrits en marchant se mettent à danser dans la lumière.

Puis le Machu Pichu entre dans l’église par la voix de Léo Zelada en espagnol puis en quechua et la voix chantée d’Arsinoé Duponchel qui rythme les voix par un tambourin. Chaque auteur ensuite nous amène dans ses voyages : les îles de Stéphane Dugast ; les montagnes de Julien Starck et Florian Forestier ; l’Ouest américain sauvage de Pauline Quierzy ; les pâturages et les combats de Madé Maylin ; la transhumance du grand-père de Christophe Campagne, du Béarn au Gers. Témoignages si émouvants. On voyage dans les mots. Hommage par la montagne : Didier Sorbé que l’on retrouve dans la montagne par un poème de Monique Larrouture-Poueyto et hommage à Jean H., jeune Ossalois qui a décidé en début d'année de quitter sa Vallée et ce bas monde... par le beau texte écrit et lu par Cédric Baylocq qui cite Saint Augustin : « Avance sur ta route, car elle n'existe que par ta marche ». C’est vrai que le chemin « est soin » et la mort n’arrête pas le mouvement de la vie, comme l’écrit Cédric Baylocq : « Mais ton âme s'élève désormais plus haut que ces montagnes où se portait ton regard d'enfant et voit ou ressent des choses qui ne nous sont pas encore perceptibles ici-bas, pour le moment ». La force des mots.

Mouvement et émotion se partagent une même racine...

MOUVEMENTS

Voyage encore du Béarn de Jean-Luc Mongaugé à la Bretagne du Tro Breizh d’Anna Graham, ce pèlerinage circulaire en Bretagne qu’elle intitule simplement : « Marche! Kerzh ! » Mouvement circulaire aussi pour moi, que le même ami et auteur montagnard qui m’a conduite d’Oloron à Monein m’offre en me conduisant de Béost à Pau. Je n’imaginais pas le festival sans un vrai passage à Pau, lieu qui me parle dans l’image d’un miroir voyageur (voyageur et guérisseur) d’une chambre d’hôtel reflétant l’Ossau avant que je n’existe. Dans ma chambre d’hôtel impersonnelle…un miroir reflète l’Ossau se reflétant dans un des lacs d’Ayous sur une vieille affiche… Je pense à mes parents à Pau il y a des décennies et au miroir mouvant.

Une partie des bénévoles devant le château de Béost, 19 septembre 2026

Il me reste et il me restera toujours de ce festival magique de 2026 des images, des musiques, des mots, des voix, des prénoms… et d’abord ceux de ces enthousiastes un peu fous et si efficaces qui ont créé cette magie : Cédric, Monique, Flore, Hugo, Christine, Marie, Jean-Michel, Idrissa, Alain, Didier, Anne, Tarik, Jean-Luc, Jean-Marc, Julien, Lydie, et tous ceux et toutes celles qui étaient là au début et les années précédentes. Et tous ceux et celles qui nous ont accueillis, logés, régalés avec ce sens de l’hospitalité des montagnards. Et tous les auteurs, tous les artistes, tous les montagnards, hommes et femmes, tous les amoureux de la montagne et de la poésie, des mots et des arbres, des oiseaux et des pages. Cette famille unie par l’amour de la montagne et de l’écriture, de la nature et de la musique, celle d’une danse d’Ossau et celle des gaves.

Écrire la nature en la parcourant et en marchant sur ses chemins, en lisant les fleurs et les étoiles, les roches et les rivières, et poursuivre le chemin encore longtemps d’un festival qui ouvre des livres, qui ouvre des voies en faisant se mêler les voix de la montagne et du monde.

Texte de Françoise Besson //
Photos, mise en page, secrétariat de rédaction Cédric Baylocq Sassoubre

Note:
1 https://www.lemonde.fr/archives/article/1991/08/04/le-chemin-du-rocio-les-pelerins-de-l-impossible_3999372_1819218.html?srsltid=AU7gw4ULU8hGi1nw3AyjeGLqZ1BySeIoT6YkERrGUN7qY23uCoDjgYW
2 Voir : https://ecrirelanature.com/fr/festival/2026/les-prix-du-festival